Aujourd’hui, Il n’existe pas de consensus international, ni même européen, sur une définition unique de l’ISR. Différentes « stratégies ISR » peuvent être mises en avant de manière différente selon les pays.

Pas facile de s’y retrouver sachant que même en France, différentes approches d’investissement dites ISR peuvent poursuivre des objectifs distincts. Exclusions, Sélection ESG, Impact Investing, fonds solidaire, toutes ces thématiques s’inscrivent dans l’Investissement Socialement Responsable (ISR) mais les écarts de philosophie et d’objectifs entre ces différentes thématiques peuvent représenter un véritable gouffre aux yeux des investisseurs particuliers.

Cet article vise à vous donner quelques clés essentielles et une grille de lecture pour une meilleure appréhension du sujet.

L’investissement socialement responsable (ISR) : synthèse

Derrière le terme d’Investissement Socialement Responsable, se cachent plusieurs acronymes que nous vous proposons de décrypter rapidement :

L’Investissement Socialement Responsable consiste donc à investir avec une autre grille d’analyse complémentaire à celle s’appuyant uniquement sur des critères financiers, en poursuivant des objectifs en phase avec les concepts du développement durable, à savoir : un développement serein qui ne remet pas en cause l’avenir de la planète et des générations futures.

Vous trouverez ci-après une liste de critères ESG pouvant être pris en compte dans le processus d’analyse de l’investissement

Un bref historique de l’investissement socialement responsable (ISR)

L’Investissement Socialement Responsable trouve ses racines au XIIIe siècle aux États-Unis quand un mouvement religieux, les Quakers, interdit à ses membres d’investir et de tirer profit des opérations liées à l’armement ou à l’esclavage.

Mais c’est au début au début du XXème siècle que le mouvement commence à s’accélérer. De nombreux organismes religieux et caritatifs commencent à prendre en compte des critères éthiques dans leurs processus d’investissement afin d’éviter les entreprises considérées « immorales », associées à des secteurs comme l’armement, l’alcool, le tabac ou la pornographie.

Plus tard, la montée de l’ISR est liée aux changements majeurs de la société qui ont eu lieu dans les années 1960 et 1970 avec l’apparition de mouvements pour la protection de l’environnement, des droits de l’homme ou de lutte pour les droits civiques et plusieurs tendances économiques majeures ont aidé à la croissance des investissements socialement responsables notamment :

  • La prise de conscience des enjeux environnementaux et sociaux par la société civile
  • Le changement climatique
  • L’augmentation massive de l’actionnariat par les sociétés de gestion de fonds d’investissement, les fonds de pension et les compagnies d’assurance
  • Les crises financières récurrentes

Sous l’impulsion de l’initiative d’un réseau international d’investisseurs, 2005 voit la création des PRI (Pinciple for Responsible Investment) qui visent à faire le lien entre les investissements et les principes de développement durable, en aidant les signataires à incorporer les questions environnementale, sociale et de gouvernance à leurs décisions en matière d’investissement et d’actionnariat. Aujourd’hui les PRI ont plus de 1750 signataires dont la plupart des plus grandes institution financières de la planète.

En 2015, l’ONU définit 17 objectifs de développement durable (ODD) qui visent à répondre aux défis mondiaux, comme la lutte contre la pauvreté et les inégalités ainsi que la protection de l’environnement.

Durant toute cette période, plusieurs organismes et sociétés de gestion ont menés différentes actions pour promouvoir une forme d’investissement plus éthique et responsable. Parmi elle et pour la France, on peut notamment citer :

  • Le lancement du premier fonds ISR français (Meeschaert Nouvelle Stratégie 50 créé en 1983)
  • En 2001, la création du FIR (Forum pour l’Investissement Responsable) qui organise depuis plusieurs années La Semaine de l’Investissement Responsable
  • La création d’un code de transparence par le FIR et l’AFG (l’Association Française de la gestion financière) dont la dernière mis à jour a été faite en octobre 2018 avec la collaboration d’Eurosif
  • L’important travail de Novéthic qui a lancé le premier label ISR en 2009.

Mais c’est en septembre 2015 que le gouvernement se saisi officiellement du sujet en lançant le label ISR soutenu par le ministère de l’économie et des finances. Ce nouveau label remplaçant celui de Novethic vise à donner aux Investisseurs français et européens les moyens d’investir dans des fonds socialement responsables au travers d’une gamme de fonds audité et labellisé par des certificateurs indépendants

Peut-on se fier au Label ISR ?

Le législateur a voulu faire du Label ISR un outil unique permettant aux investisseurs privés d’accéder plus facilement à l’offre de fonds d’investissement socialement responsables (ISR).

Pour pouvoir être labellisé, le fonds doit avoir une démarche volontaire et en faire la demande à un des deux organismes de certification accrédités (Afnor Certification et EY France).  Le fonds doit alors fournir des informations sur la nature et la composition du portefeuille. Pour obtenir le précieux label, le fonds doit respecter une série de critères répartie en six thématiques :

  1. Quels sont les objectifs généraux du fonds, quelle va être sa politique d’investissement ?
  2. Quelles sont les actions ESG des entreprises dans lesquelles le fonds investit
  3. Comment le fonds va prendre en compte les critères ESG dans la construction et la vie du portefeuille
  4. Quels seront les engagements ESG du fonds avec les entreprises dans lesquelles il investit
  5. La transparence de gestion du fonds
  6. Mesure des impacts positifs sur le développement d’une économie durable.

Sur la base de ces éléments, l’attribution du label ISR sera prise en toute indépendance par l’organisme de certification et accordé pour une période de trois ans

Les bases de l’attribution du label ont donc l’air plutôt saine même si on peut regretter que dans la mesure ou l’action de labellisation n’est validée que sur la base du volontariat, il est fort probable que de très nombreux fonds pouvant y prétendre, ne souhaitent pas rentrer dans ce processus préférant leurs process de labellisation interne ou ceux des très nombreux organismes de notation extra financière (MSCI, Euronext, Vigéo, Morningstar…)

On peut regretter également que le label ne donne aucune information sur la thématique de gestion du fonds. En effet, on pourra retrouver dans de très nombreux fonds ISR des titres qui peuvent paraître contraires aux objectifs poursuivis par l’épargnant qui cherche à donner du sens à son investissement, comme Total ou Amazon, voir trouver des titres de sociétés du secteur du jeux, de l’alcool ou de l’armement.  

Si la labellisation se veut être un bon début, ce n’est absolument pas suffisant pour faire correspondre ses convictions d’investisseurs à ces actions d’investissements. En effet, pour y voir plus clair, il est nécessaire de se pencher sur les différents styles de gestion afin de savoir ce que vous pourriez vous retrouver à financer en investissant dans un fonds ISR.

Découvrez la liste des fonds labellisés ISR

Quelles sont les différentes approches ISR ?

Au-delà des différents labels, il y a plusieurs styles de gestion qui cherchent à appliquer des principes de développement durable à l’investissement, vous trouverez ci-dessous un schéma récapitulatif des différentes approches d’investissement et des objectifs qui y sont associés.

Source du graphique: LFDE

Plus spécifiquement, voici les caractéristiques principales des différentes approches ISR :

Investissement thématique Investissement selon des thématiques s’inscrivant dans le cadre du développement durable (changement climatique, santé, mobilité), c’est-à-dire en sélectionnant des entreprises dont les produits et services ont un impact positif sur la thématique retenue. Les thématiques peuvent être uniques ou multiples (approche muti-thématique).

Pour la plupart, ces thématiques sont aussi des mégatrends qui profiterons d’une croissance structurelle importante

Sélection ESG Stratégie ISR basée sur la sélection ou la pondération des émetteurs les plus performants d’un point de vue ESG. Il s’agit de best-in-class lorsque ce choix est fait au sein du secteur d’activité des émetteurs, et de best-in-universe lorsqu’il est fait indépendamment de leur secteur d’activité.
Exclusions sectorielles Exclusion des entreprises tirant une part de leur chiffre d’affaires d’activités jugées non éthiques, comme l’alcool, le tabac, l’armement, les jeux d’argent, la pornographie, etc
Exclusions normatives Exclusion des émetteurs en violation avec une norme ou une convention internationalement reconnue telles que les dix principes du Pacte Mondial des Nations Unies, les conventions fondamentales de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH), etc.
Intégration ESG L’intégration ESG désigne la prise en compte explicite et systématique des enjeux E, S, et G dans un objectif financier (“matérialité”). L’impact de ses enjeux sur la valeur des entreprises est au cœur du processus d’intégration.
Engagement actionnarial et vote sur des sujets ESG Désigne le fait, pour un investisseur, de prendre position ou de voter sur des enjeux ESG. L’engagement tente d’influer sur le comportement de l’entreprise, ce qui est un long processus.
Impact Investing Investissements faits dans des entreprises, des organisations ou des fonds avec l’objectif de générer un impact environnemental ou social de manière mesurable en plus d’un rendement financier

Sur la base de ces éléments, on peut donc se faire une idée plus éclairée des fonds sur lesquels on souhaite se positionner. Vient ensuite la fameuse question de la performance des fonds ISR.


Découvrez notre article sur les Mégatrends, ou comment anticiper pour investir ?


La performance financière des fonds ISR

Plusieurs centaines d’études sont parues sur le sujet. Plusieurs méta études (étude agrégeant les résultats de plusieurs autres études) même. Et il est temps de tordre le coup a une idée reçue. L’ISR n’est pas incompatible avec la performance. Une belle image étant plus explicite que mille mots, vous trouverez ci-dessous les résultats d’un comparatif entre les performances boursières des 40 entreprises dotées des meilleures notes ESG (Top 40) et celles des 40 entreprises affichant les plus mauvaises notes ESG (Flop 40). Source du graphique: LFDE

Il est donc clair qu’avoir une approche ESG ne pénalise absolument pas les performances financières d’un portefeuille. Il semblerait même que cela soit plutôt une très bonne source de surperformance.

Toutefois, comme pour tout autre type d’investissement, l’écart entre la performance des meilleurs fonds et les plus mauvais peut être très important. Il conviendra de se faire accompagner par un professionnel compétent, banquier privé, gestionnaire de patrimoine ou conseiller en investissement pour faire les meilleurs choix que ce soit au niveau de votre cahier des charges d’investisseur tenant compte des problématique de développement durable et/ou de vos objectifs en matière de risque et de performance financière.

Avertissement: Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir comporte des risques. Il n’y pas de performance élevée sans risque élevé.

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Ludovic Farnault est associé et CEO du cabinet Farnault Investissement. Conseiller en gestion de patrimoine depuis 15ans. Diplômé d’un Master 2 en gestion patrimoine et en cours de formation d’un Executive MBA, il accompagne ses clients pour leur permettre de matérialiser leurs objectifs financiers et patrimoniaux.


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